»انتفضنا ضد الحقرة والبطالة وليس من أجل السكر والزيت »

13 janvier 2011

كشف عدد من شباب حي باب الوادي الشعبي في العاصمة، أمس، بأن انتفاضتهم كانت ضد  »الحفرة » والبطالة وليس من أجل السكر والزيت، ونددوا بالتخريب الذي أقدمت عليه بعض العصابات التي استغلت الوضع.

  »نريد الحصول على منصب عمل… وأن تتركنا الدولة على حالنا لنمارس النشاط التجاري في الحي كعادتنا ». بهذه العبارة تحدث الشاب عميروش، صاحب الـ39 ربيعا، في ندوة صحفية نظمت بمقر جمعية  »أس أو آس باب الوادي »، مساء أمس، بحضور رئيس الجمعية، ناصر مغنين.
وخرج المحتجون عن صمتهم، مؤكدين بأن  »الوضع الحالي في البلاد لا يمكن السكوت عنه، لأننا نعاني من البطالة والظروف الاجتماعية المزرية، والتهميش و »الحفرة » التي تمارسها علينا السلطات المحلية يوميا ».
وأوضح الشاب عميروش، في تصريح لـ »الخبر »، قائلا:  »نحن خرجنا بالفعل من أجل التظاهر سلميا يوم الخميس 7 جانفي، وقررنا أن نلتف حول مطالبنا الشرعية، قبل أن تنحرف الأوضاع ويمارس عدد من الشباب أعمال التخريب ».
وأكد إبراهيم،  »البطال » صاحب الـ24 ربيعا، بأن  »لا عمل ولا قبول لأي طلبات منذ سنوات… فما الحل؟ ». وأشار في حديثه قائلا:  »نحن لا نريد رئيس بلدية لا يهتم بانشغالاتنا ولا يسمع لمطالبنا، نحن نريد أن تسوى وضعيتنا وأن نمنح أماكن في السوق المنظم، حتى نعيل عائلاتنا ».
ورفض المتحدث أن تربط الاحتجاجات التي قادها الشباب بغلاء سعر السكر والزيت فقط، حيث قال:  »نحن انتفضنا ضد غلاء المعيشة بصفة عامة، وضد البطالة و »الحفرة » والتهميش ».
من جهته، أوضح رئيس جمعية  »أس أو أس » قائلا:  »كنا نعلم بأن الاحتجاجات ستندلع، لكن المعلومة الوحيدة التي لم تكن متوفرة لدينا هي اليوم والساعة، ومع هذا حذرنا السلطات المحلية من حالة الغليان واليأس، لكن لا أحد تحرك ».
وأضاف ناصر مغنين:  »هل يعقل ألا تتوفر أي مرافق للنشاطات الثقافية والفنية والرياضية لسكان باب الوادي، ويتم الاعتماد على جمعيتنا التي لا تتوفر على الإمكانيات ». الأكثـر من هذا كله، فتح المتحدث النار على السلطات المحلية التي لا تعير أي اهتمام لانشغالات الشباب، وطالب بأن يتم فتح المجال السياسي للشباب، وأن يتم تعيين رئيس بلدية في باب الوادي مثلا من غير الأحزاب السياسية.
وانتقد رئيس الجمعية غياب التكفل بشباب العشرية السوداء، الذين حولتهم ظروف العنف والتهميش إلى مجرد  »أشباح »، همهم الوحيد الهجرة غير الشرعية والتخريب. كما لعب غياب الاتصال والحوار مع هذه الفئة دوره، وجعلهم يتخبطون في حالة من اليأس القاتل.

Le RCD appelle à une marche pacifique pour mardi prochain à Alger

13 janvier 2011

El Watan ,  13 janvier 2011

L’heure n’est plus aux tergiversations, mais aux actions. Le parti de Saïd Sadi a déposé, hier, une demande d’autorisation pour l’organisation d’une marche populaire le 18 janvier à Alger.

L’itinéraire choisi va de la place du 1er Mai jusqu’à l’APN. L’objectif est de permettre aux Algériens d’exprimer pacifiquement leurs inquiétudes et leurs revendications et ce, dans un cadre concerté. Une telle démarche, de l’avis du RCD, vise à aboutir à la mise en œuvre d’une phase de transition permettant au peuple algérien de décider librement de son destin.

Tout en dénonçant le sort réservé aux émeutiers, le RCD pense que les sanctions qui s’abattent sur les jeunes manifestants sont, en dépit des violences qu’ils ont pu commettre, une manœuvre injuste et dilatoire. La conjoncture actuelle appelle d’autres décisions que le recours à un juridisme fallacieux. Le parti de Saïd Sadi estime que face à la révolte, le pouvoir algérien s’enfonce dans l’irresponsabilité en se réfugiant dans le mépris et la répression d’une jeunesse exaspérée.
Devant cette impasse, le RCD invite l’ensemble des forces patriotiques, toutes sensibilités confondues, à demeurer mobilisées pour déjouer les provocations et la désinformation.
Le RCD a instruit ses structures régionales pour nouer des contacts avec l’ensemble des forces politiques et sociales acquises à l’avènement d’un Etat de droit afin d’initier toute action en faveur d’une prise en charge des revendications citoyennes, notamment la libérations de tous les détenus.
L’heure, de l’avis du RCD, n’est pas aux spéculations partisanes : «Il est encore temps de sauver l’Algérie du chaos par un engagement citoyen à la mesure des enjeux. Nos aînés ont libéré la terre algérienne d’un ordre politique anachronique pour lui substituer un Etat démocratique et social. Le devoir de tout Algérien est d’honorer ce sacrifice et cette promesse», souligne le RCD. Le parti Ahd 54 et l’Alliance nationale républicaine (ANR) ont également réagi en qualifiant la situation qui sévit dans le pays de «préoccupante». Fawzi Rebaïne, président de Ahd 54, revendique une élection présidentielle anticipée.

 

Ahd 54 propose une élection anticipée
Il estime que le soulèvement populaire qui a touché la majorité de nos villes n’est que le résultat de cet acharnement d’un pouvoir qui n’a laissé aucun espace à la société civile ainsi qu’aux partis politiques. «Pendant quelques jours, les jeunes ont fait vaciller un gouvernement en perte de vitesse qui n’arrive plus à trouver de solutions pour sortir le pays de ce marasme qui dure depuis des années», souligne M. Rebaïne, qui condamne le silence des hauts responsables et d’un pouvoir défaillant qui ne répond plus aux attentes de tout un peuple qui subit les affres de cette politique. «Les dernières épreuves prouvent encore une fois que le Président a raté un autre rendez-vous avec l’histoire», s’insurge ce parti, qui pense que pour sortir le pays de cette spirale infernale, il faut aller vers une élection présidentielle anticipée : «L’élection anticipée est l’unique solution pour que le pays ne sombre pas davantage dans le chaos et pour une refonte institutionnelle au service du peuple, afin d’instaurer une véritable démocratie.»
De son côté, lors de la réunion de son bureau, l’ANR a qualifié la situation actuelle de «préoccupante» et doit faire l’objet d’une attention.

particulière pour éviter une dérive aux conséquences dramatiques. Les émeutes que connaît le pays depuis plus d’une semaine, avec leur lot de destructions sont, de l’avis de l’ANR, l’expression de la protestation des jeunes qui ne connaissent que désespoir et désillusion. «Ces manifestations étaient inéluctables, prévisibles pour tous, sauf pour un gouvernement tout occupé à colmater les dégâts occasionnés par les scandales de la corruption qui n’en finissent pas, un gouvernement qui aujourd’hui cède devant les vampires de l’économie parallèle et de leurs diktats», fait remarquer l’ANR. Pour ce parti, les mesures prises par le gouvernement ne sont que des palliatifs qui ne règlent rien et qui, en fin de compte, ne sont qu’une fuite en avant. Ce parti soutient que le gouvernement, avec le verrouillage du champ politique, le peu de considération accordé aux représentants de la société civile et l’absence de dialogue avec les organisations professionnelles, ne peut se suffire de quelques mesures d’ordre technique, à caractère purement économique. «L’Algérie, qui n’a jamais connu une aussi bonne aisance financière, souffre de mauvaise gouvernance, laissant la plus large partie de sa population dans la misère matérielle et la désespérance. L’Algérie doit changer et profondément changer», note l’ANR.

Fouka, ville d’émeutes,d’«avertissements» et de «désastre» annoncé

13 janvier 2011

Le lundi 3 janvier 2011 vers 17h30, les jeunes de la cité  Ali Amari à Fouka, dans la  wilaya de Tipasa, sortent  dans la rue pour protester contre la hausse sucre et de des prix du  l’huile. En colère, ils brûlent des 

pneus, montent des barricades et bloquent la circulation. Par groupes, ils installent des barrages et  ferment la route qui mène à la zone d’activité de Fouka. Ils sont quelques dizaines, tout au plus, 

mais la nouvelle circule vite et parvient aux oreilles des jeunes des quartiers et bourgs environnants. Ceux habitant le quartier «Tchina», l’Orange dont il ne reste plus de trace, affluent des hauteurs et déferlent en direction des manifestants.  Ils font jonction pour tout casser sur leur passage et produire l’étincelle qui gagnera plus tard d’autres villes régions du pays : Tipasa, Oran, Alger, Annaba, Tizi Ouzou, Tiaret, Tlemcen et Sidi-Bel- Abbès…… 

Une semaine après le feu et la fièvre, Fouka respire un peu. La mer n’est pas loin. Mais ce n’est pas suffisant pour que son vent balaye des années de souffrance et d’exclusion. Ce n’est pas suffisant non plus pour oublier quelques jours 

plus pour oublier quelques jours seulement après l’incendie les batailles rangées qui ont opposé  jeunes et moins jeunes aux unités anti-émeute. «Nous n’avons jamais pensé un jour que notre commune marquera l’histoire.  Pour une fois, toute l’Algérie a entendu parler de nous. Mais connaît-on nos souffrances ?», s’interroge un habitant de Fouka 

Quand l’émeute est partie du château d’eau du quartier Ali Amari, il était là. «Vers 17h30, raconte-t-il, un petit groupe de jeunes investissent la rue pour dire «non». Je me souviens qu’ils grognaient tous contre la nouvelle augmentation  des prix de l’huile et du sucre. Comment ont-ils décidé de descendre dans la rue ? Et qui a eu l’idée le premier ? Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que, sans calcul ni réflexion, les jeunes des autres cités de la ville les ont rejoints.» 

Leur rassemblement, poursuit ce témoin, «a vite dégénéré en affrontements violents avec les forces de la Gendarmerie nationale». Les heurts, poursuit-il, se sont poursuivis jusqu’à 23h30. Des  manifestants ont été blessés mais sont revenus le lendemain matin à la charge. Ils ont continué d’ériger  de nouveaux barrages et ont passé  la journée à défier les services de sécurité et leurs bombes lacrymogènes. «El Guirra, on aurait dit El Guirra», s’exclame-t-il, avant de  préciser que les unités anti-émeute ont utilisé un chasse-neige pour dégager la voie publique mais n’ont jamais réussi à le faire face à la détermination des émeutiers. 

   «Durant les quatre jours d’émeute, tonnera un autre témoin, un voisin du premier, nous n’avons eu que le treillis vert 

et les casques noirs en face de nous. Aucun élu ni officiel n’est venu discuter avec nous. Ni le P/APC ni le chef de daïra que les jeunes voulaient voir pour discuter avec eux. Les deux responsables ont préféré rester dans leurs  Bureaux, au téléphone ou regardant  de leurs fenêtres. On se demande à quoi ils servent et s’ils comprennent quelque chose.» Ce deuxième témoin, visiblement politisé que son plus ami et voisin, insiste : «Aucun édifice public n’a été saccagé durant ces  émeutes ici à Fouka. Les jeunes ne sont ni des fous ni des inconscients comme on tente de les qualifier. Ils veulent être écoutés et respectés. Et ils l’ont montré. C’est tout.» Une troisième personne les rejoint. Elle insiste pour qu’on visite le quartier du château d’eau. Après une dizaine de minutes de marche, trois jeunes discutaient 

devant une épicerie, s’avancent vers nous. Ils n’ont pas l’habitude des étrangers et se montrent méfiants. Le sésame qui nous accompagne les rassure. Sans tarder, l’un des trois évoquent les raisons de leur révolte. «Nous n’avons  rien dans notre commune, nous sommes une génération perdue, ni travail, ni logement, ni mariage, ni loisirs. Nous sommes en marge de de tout», dira-t-il la gorge nouée. Il nous propose de discuter avec l’épicier du coin : «Ici, affirme-t-il, il y a  des gens qui vivent à crédit. Je vous assure que dans ce quartier il y a des  gens qui éprouvent des difficultés à 

se nourrir. Mes affaires vont mal, mes clients ne peuvent plus payer leurs crédits. Si aucune solution  n’est trouvée je vais baisser rideau, on est dans une situation intenable», concluera-t-il avant de s’éclipser. 

Sur le chemin du retour, au milieu d’un quartier sans forme ni  attrait, un groupe d’adolescents nous interpelle. «Nous voulons parler », disent-ils à l’unisson. Personne  ne veut nous entendre, il nous reste que la presse ou la casse pour faire passer notre message», crie l’un d’entre eux. 16 ans, tout au plus, il se lance : «Nous n’avons pas d’avenir…  ni l’Etat ni les privés ne veulent nous donner la chance travailler et de gagner notre vie dignement, toutes 

les portes sont fermées devant nous.» Un de ses amis affirme que la zone d’activité de Fouka et les services  de la mairie préfèrent recruter les femmes ou «importer» la main-d’œuvre des autres localités que de faire appel à eux. Il appelle un ancien moudjahid pour confirmer ses dires. Ce dernier, à notre grande surprise, appuie sans réserve les revendications des jeunes. «Je m’appelle Saïd Benali, je suis ancien  moudjahid, je veux dire au Premier ministre que le travail est un droit  pour tous et que notre jeunesse est  perdue. Il est temps de prendre des mesures radicales pour rendre l’espoir à nos enfants», a t il dit. . Un autre vieux lui coupe la parole avec colère pour dire que «ces 

émeutes est un deuxième avertissement au gouvernement après celui  de rejet des élections présidentielles,  si on continue à tourner le dos à notre jeunesse, le troisième avertissement sera un désastre aux conséquences incalculables».

Source :ALGERIE NEWS

 

Ben ali libère les manifestants arrêtés et vire son ministre de l’intérieur

13 janvier 2011

Les développements intervenus hier en Tunisie indiquent que la situation s’est aggravée dans ce pays  en proie à des manifestations violemment réprimées depuis près d’un mois.

Le fait que les émeutes aient atteint Tunis et sa banlieue ouest semble avoir eu de l’effet sur le président Zine El-Abidine Ben Ali, qui a pris une série de mesures hier pour reprendre les choses en main. Il semble avoir opté pour la politique de la carotte et du bâton. Si le limogeage du ministre de l’Intérieur, la libération de tous les détenus et la mise en place d’une commission d’enquête sur la corruption apparaissent comme des concessions de sa part, le déploiement de l’armée dans les rues de la capitale montre par contre sa détermination à aller jusqu’au bout dans la répression des émeutes.

Limogeage du ministre  de l’Intérieur et libération des détenus
Dans l’espoir d’apaiser la tension, le chef de l’État tunisien a décidé, hier, un certain nombre de mesures qui laissent présager un changement dans la manière avec laquelle il a traité cette crise sociale jusque-là.
Le limogeage du ministre de l’Intérieur, après celui, il y a quelques jours, du ministre de la Communication, et l’annonce de la libération des détenus arrêtés dans le cadre des émeutes sont des signes d’une volonté de Zine El-Abidine Ben Ali de calmer les esprits. En effet, le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, a annoncé hier, au cours d’une conférence de presse, le limogeage du ministre de l’Intérieur, Rafik Belhaj Kacem.
Le premier responsable du gouvernement tunisien a également indiqué que toutes les personnes arrêtées pendant les émeutes sociales seront libérées. Dans la foulée, il a également annoncé la formation d’une commission d’enquête sur la corruption que dénoncent opposition et ONG. “Nous avons décidé la création d’un comité d’investigation pour enquêter sur la question de la corruption”, a-t-il déclaré devant des journalistes.

L’armée dans les rues  de Tunis
Tôt le matin, l’armée tunisienne s’est déployée hier à Tunis où la tension est montée au lendemain d’affrontements entre la police et des manifestants qui ont éclaté dans la nuit dans la banlieue ouest populaire.
Des renforts militaires, soldats en armes, camions, jeeps et blindés ont fait leur apparition dans Tunis pour la première fois depuis le déclenchement des affrontements que connaît la Tunisie depuis maintenant un mois. Ces renforts étaient postés à des carrefours du centre de Tunis et à l’entrée de la cité Ettadhamen où les dégâts d’une nuit de violence étaient visibles.
Selon l’AFP, un blindé tous feux allumés et des soldats en armes étaient positionnés à l’entrée de ce gros faubourg où des carcasses de voitures et d’un bus incendiés n’avaient pas encore été enlevées, près du siège de la délégation attaqué la veille.
Outre des renforts importants de police et d’unités d’intervention spéciales, deux véhicules de l’armée et des soldats montaient la garde sur la place reliant les avenues de France et Habib-Bourguiba, face à l’ambassade de France et à la grande cathédrale de Tunis.
Cette place avait été, la veille, le théâtre de manifestations étouffées par la police. Des renforts militaires étaient également visibles autour de la radiotélévision.
Un mardi sanglant
Le bilan des troubles sociaux qui ébranlent la Tunisie depuis près d’un mois s’est alourdi à une cinquantaine de morts dans le centre du pays en trois jours, selon un responsable syndical, qui a évoqué une situation de chaos, mardi à Kasserine, principale ville du Centre. Les affrontements ont éclaté mardi soir pour la première fois dans une banlieue de Tunis, alors que les émeutes qui secouent la Tunisie depuis près d’un mois ont fait 21 morts, selon les autorités, et plus de 50 tués, selon un syndicaliste. “Nos chiffres disent 21 décès”, a déclaré mardi, lors d’un point de presse, le ministre tunisien de la Communication, Samir Labidi. “Ceux qui ont parlé de 40 ou de 50 morts doivent produire une liste nominative”, a-t-il lancé, faisant état de dégâts matériels considérables sans fournir d’évaluation chiffrée. Le précédent bilan officiel, communiqué mardi à la mi-journée, faisait état de 18 morts. La présidente de la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (FIDH), Souhayr Belhassen, avait assuré qu’au moins 35 personnes avaient trouvé la mort dans les émeutes. “Le chiffre de 35 morts s’appuie sur une liste nominative”, avait-elle déclaré. Un peu plus tôt dans la journée, Sadok Mahmoudi, membre de la branche régionale de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), avait évoqué une situation de chaos à Kasserine, principale ville du Centre, et un bilan de plus de 50 morts les trois derniers jours.

L’UE condamne le recours disproportionné à la force par la police
La porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a condamné hier l’usage disproportionné de la force par la police en Tunisie. “Cette violence est inacceptable, les auteurs doivent être identifiés et traduits en justice”, a déclaré Maja Kocijancik. Précisant que l’UE demandait une enquête à ce sujet, elle a ajouté : “Nous sommes inquiets du recours à la force disproportionné de la police envers les manifestants pacifiques.”  Pour rappel, lundi,
Mme Ashton avait demandé la “libération immédiate” des manifestants, blogueurs et journalistes arrêtés ces dernières semaines en Tunisie. Même son de cloche à Washington, où les États-Unis ont fait part mardi de leur préoccupation face à des informations selon lesquelles les forces tunisiennes feraient un “usage excessif de la force” envers les manifestants, après les émeutes sanglantes qui ont eu lieu dans ce pays. “Les États-Unis sont profondément préoccupés par les informations faisant état d’un usage excessif de la force de la part du gouvernement tunisien”, a déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d’État. De son côté, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, s’est dite “inquiète quant aux troubles et à l’instabilité” dans ce pays dirigé depuis 23 ans par le président Zine El-Abidine Ben Ali. Elle s’est également déclarée préoccupée par “la réaction du gouvernement, qui a malheureusement provoqué la mort de certains jeunes protestataires”, et a appelé à une “solution pacifique”.
Source : Liberté

Les émeutiers n’ont pas saccagé que les biens de l’état

12 janvier 2011

Ils ont passé cinq heures dans le lycée à prendre tout le matériel informatique. En cinq heures, personne n’est venu à notre rescousse.

Les pions et les profs étaient les premiers à partir», raconte un jeune homme. Les cheveux rasés de près, les yeux noisette, plutôt petit de taille, Rabah est en classe terminale. Ils sont cinq jeunes devant le lycée de Cherarba, dans la banlieue est d’Alger, lequel a fermé les portes suite aux émeutes de la semaine dernière. Les quelques bureaux qui dépassent le muret sont noirs de cendre. Vandalisé par les émeutiers et incendié, l’établissement a fermé jusqu’à dimanche pour les secondes et premières, mais doit ouvrir demain pour les terminales. Rabah et ses copains sont juste devant les portes de l’établissement. Ils se taquinent un peu entre eux et ne sont pas trop soucieux pour leur année scolaire. Ils étaient en classe quand les émeutiers ont pénétrés dans le lycée. Ils s’interrogent sur le fait que l’agression ait duré aussi longtemps sans que personne n’intervienne pour calmer la situation.
En face d’eux, ils avaient une quarantaine de jeunes qui avaient décidé d’en découdre avec cet établissement. Pourquoi d’ailleurs le lycée de Cherarba ? «Les profs sont nuls, ils pointent et disparaissent la journée terminée. Ils n’ont pas le niveau et n’en ont rien à faire de l’enseignement. C’est voulu tout ça. Les jeunes s’en sont pris à ce lycée, certainement parce qu’ils ont dû passer par-là et ont échoué dans leurs études ou parce qu’ils ont dû jeter l’éponge», poursuit un ami à Rabah. Plus grand de taille et mince, il manifeste de la colère contre l’établissement et prétend que lui et ses camarades sont victimes de ce qui s’est produit. Ils ne connaissent pas les émeutiers, mais ils sont persuadés qu’il s’agit de jeunes des environs. Ils ne se sentent pas grand-chose en commun avec eux même si au bout du compte, au fil de la discussion, les ressentiments exprimés sont les mêmes. «Mais pourquoi s’en prendre au lycée ? C’est doula (le pouvoir) qu’il faut aller brûler», explose Rabah. Mais peut-être que le lycée, pour les émeutiers, c’est doula, justement.

Les symboles de la société de consommation.
A Kouba, l’entreprise française Renault a brûlé. Une Symbol, une Clio et d’autres modèles de véhicules de la marque ont été carbonisés ou cassés.
Les quelques salariés présents sur les lieux tentent de remettre de l’ordre. Certains balaient, un autre prend des notes en évaluant les dégâts. A l’intérieur, des véhicules sont noirs de fumée et cabossés. A proximité de Renault, un magasin propose en vitrine des vêtements pour homme. Assez classe, plutôt chers, les vêtements sont tendances. Le magasin n’a rien subi. Ni le fleuriste d’à côté. Ni le gargotier, un peu plus loin. Les édifices qui portent la marque des émeutes sont Samsung et ses écrans plats qui ont été dérobés.

Renault et ses voitures qui, à défaut d’avoir pu être volées, ont été cassées et brûlées. Eniem mais aussi les banques telles que la BNP Paribas ont été dévastées. Le centre commercial de Bab Ezzouar a été pris deux fois d’assaut et deux fois, les émeutiers n’ont pas réussi à y pénétrer. Un copain à Rabah avait dit : «Ils ne sont pas dans le besoin. Ils avaient des joggings à 2000 DA.» Cela suffit visiblement à les discréditer aux yeux de ces jeunes de 18 ans. Ils portent des joggings et des baskets qui coûtent cher, donc le mot d’ordre pour tant de violence ne peut être la faim ou la mal vie.
Pourtant, parmi ce groupe de jeunes lycéens, l’un d’eux fera remarquer que eux aussi portent des vêtements qui coûtent cher. Tout le monde est hilare. Ils se font des sortes de tape cinq version 2011, chahutent un peu. Ils sont gênés par la remarque de l’un d’eux. Oui, ils portent tous des tenues à 2000 DA et plus «mais nous, nous n’avons pas brûlé le lycée», insiste Rabah. Eux sont encore dans le circuit scolaire. Peut-être l’école, malgré tout, leur a donné les moyens de canaliser leur colère.
Partout, entre Eucalyptus, Cherarba et Kouba, les sites vandalisés sont les symboles de la richesse et de l’accès au bonheur. Sur l’ensemble des établissements étatiques touchés, on compte un nombre important de lycées et de collèges. Les jeunes accusés des émeutes ont 12 ans et plus.

La Tunisie embrasée : L’armée déployée, couvre-feu à Tunis, la police fait de nouvelles victimes .

12 janvier 2011

Des manifestants et les forces de l’ordre se sont affrontés dans le centre de Tunis mercredi en début d’après-midi et la police a eu recours aux gaz lacrymogènes pour disperser la foule, a constaté une journaliste de l’AFP. Deux personnes ont été tuées mercredi à Douz, dans le sud de la Tunisie.Le couvre-feu est décrété à Tunis où l’armée a été déployée.


Des centaines de jeunes criant des slogans contre le régime de Ben Ali sur la place de la porte de France ont essayé d’avancer vers l’avenue Habib Bourguiba, et les forces de sécurité leur ont barré la route en tirant des grenades lacrymogènes.Aucun bilan de ces affrontements, les plus graves à se produire dans Tunis depuis le début des émeutes en Tunisie au mois de décembre, n’était disponible dans l’après-midi, alors que les violences ont cessé.Des passants pris de panique, les yeux larmoyants ont été repoussés par la police dans les ruelles. Les souks se sont vidés et les commerces, y compris une grande surface, ont baissé leurs rideaux. « Fermez, fermez, ils ont tous cassé », criaient des passants à l’adresse des vendeurs ambulants à l’entrée des souks.L’universitaire Hatem Bettaher tué par balles dans la têteDeux civils ont été tués par des tirs de la police à Douz, dans le sud de la Tunisie, lors d’une manifestation ayant dégénéré. C’est la première fois depuis le début des émeutes il y a un mois en Tunisie que cette ville de 30.000 habitants, située à 550 km au sud de Tunis, connaît de telles violences, a affirmé ce témoin.« Les victimes sont Hatem Bettaher, un enseignant universitaire et Riad Ben Oun, un électricien », a précisé ce témoin qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat, ajoutant qu’ »entre quatre et cinq autres habitants ont été blessés, dont certains grièvement ». Hatem Benttaher, maitre de conférence à l’université de Gabes, aurait été assassiné par un tireur d’élite de la police tunisienne, pendant des manifestations à Douz.Le ministère tunisien de l’Intérieur a décrété mercredi un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue à la suite de troubles dans « certains quartiers », dans un communiqué officiel. L’armée a été déployée autour de Tunis.

L’ONU appelle à des enquêtes

La Haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Navy Pillay, a appelé mercredi 12 janvier le gouvernement tunisien à mener des enquêtes « indépendantes crédibles », à la suite des informations sur un « usage excessif » de la force par les services de sécurité.

« Des informations suggèrent que la majorité des manifestations ont été pacifiques et que les forces de sécurité ont réagi avec une force excessive contraire aux standards internationaux », explique Mme Pillay dans un communiqué. « Il est impératif que le gouvernement lance une enquête transparente, crédible et indépendante sur les violences et les meurtres », a-t-elle ajouté.

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